Bigger Picture Bigger Picture - Ce texte est basé sur des extraits
de la Museletter de Richard Heinberg

Ce qui suit se base sur des extraits de la publication mensuelle "Museletter" de Richard Heinberg qui se penche sur les événements de notre époque et ses courants d'idées. Ses réflexions portent aussi bien sur des sujets tels que la géopolitique, l'épuisement des ressources énergétiques , que sur la civilisation et ses conséquences indésirables, l'économie vue sous un angle nouveau et il suggère comment survivre aux transitions énergétique et économique.

Notre héritage culturel repose sur des habitudes et des normes dont certaines se révèlent très récentes et d'autres très anciennes. Ces pratiques ont connu une évolution, parfois très rapide. Mais nous ne reprenons pas tout à zéro avec chaque génération. Nous nous servons du substrat culturel de la période qui nous a vus naître et nous nous ajustons aux événements auxquels nous nous trouvons confrontés au fur et à mesure que notre vie se déroule.Cela marche dans quelques cas. Dans d'autres, le résultat ne se révèle pas fameux, plus spécialement lorsque notre environnement quitte radicalement les sentiers auxquels nous étions habitués. Il n'est pas inutile de réfléchir sur où nous en sommes aujourd'hui et d'où nous venons.

Toute réflexion quelque peu approfondie sur les raisons et les modalités des changements qui affectent nos sociétés exige que l'on se penche non seulement sur les dirigeants et hommes d'influence et sur les idées mais également sur le contexte écologique (climat, présence ou absence d'eau, fertilité des sols, etc).

. Il existe des liens extrêmement forts entre la façon dont les diverses sociétés se procurent leur nourriture (chasse, cueillette, horticulture, agriculture, élevage, pêche), leurs structures sociales et leurs conceptions du monde.

Les populations dont la survie dépend de la chasse et de la cueillette vivent en petits groupes nomades et connaissent un structure sociale égalitaire. Les cultivateurs, au contraire, se fixent en un lieu et y produisent des moyens de subsistance qui contribuent à la création de concentrations, d'agglomérations et de catégories de spécialistes à plein temps dans des domaines précis (travail des métaux, compétences dans la conduite de la communauté, aptitudes militaires, qualités de scribe à perpétuer les faits ou de comptable, etc).

Passer d' un type de subsistance à un autre relève de la présence d'un nouvel environnement et de la nécéssité.

Toutes les sociétés s'organisent autour de trois éléments étroitement imbriqués:l'infrastructure, soit les relations entre une société et son environnement (moyens de se procurer de la nourriture, de l'énergie,des métaux); ensuite la stucture, c'est-à-dire l'économie, la politique et les relations sociales;enfin, la superstructure qui exprime tous les aspects symboliques au travers des religions, des arts, des jeux, des sports et de la science.

La structure et le superstructure des sociétés sont sans cesse remises en question. Les luttes autour de la distribution des richesses et autour des idées sont continuelles et peuvent s'exprimer très concrètement: la vie dans l'ancienne Allemagne de l'Est était très différente de celle que l'on menait en Allemagne de l'Ouest, même si l'une et l'autre étaient des nations industrielles fonctionnant dans des conditions écologiques pratiquement identiques.

CEPENDANT, UN CHANGEMENT SOCIÉTAL ABSOLUMENT RADICAL A TENDANCE À ÊTRE LIÉ AUX MODIFICATIONS TOUCHANT L'INFRASTUCTURE.

Quand les relations entre une société et son écosystème sont altérées, les membres de cette société doivent revoir leurs systèmes politique et économique ainsi que leur idéologie, même si les systèmes précédents étaient pleinement satisfaisants.

L'infrastructure peut changer sans que cela soit nécessaire (par exemple lors d'un épuisement des ressources) ou hors de toute opportunité (par l'accroissement de la disponibilité des ressources rendue possible à la suite d'une migration vers un nouveau territoire ou par l'adoption d'une nouvelle technologie). La révolution agricole (qui a eu lieu il y a 10 000 ans provoquant un bouleversement massif de l'infrastructure) et la révolution industrielle survenue grâce au pétrole il y a 200 ans ont généré des conséquences importantes et rapides. Dans les deux cas, on a assisté à une augmentation des populations, à une évolution des relations politiques et économiques et les idées ont profondément évolué de par le monde.

L'explication plus en détails de l'exemple qui précède permettra de clarifier le concept. La révolution agricole est une réponse d'adaptation aux modifications environnementales de la fin du pléistocène, période d'un changement drastique du climat, il y a 11 700 ans. Les glaciers fondaient et certaines espèces ( principalement les grands animaux de proie tels les mammouths et les mastodontes) disparurent, les activités cygénétiques de l'homme se développant considérablement et accélérant le processus.

À cette période, la base de l'alimentation s'est élargie, incluant petits mammifères, reptiles, oiseaux, mollusques et insectes. Ce vaste éventail de moyens de subsistance est symptomatique de temps difficiles. Alors que les besoins en nourriture augmentaient en proportions du travail fourni par les chasseurs-cueilleurs et que les profits diminuaient, d'autres modes de production, sédentaires cette fois, devinrent beaucoup plus intéressants.

Les modes de vie basée sur l'agriculture prirent forme et se répandirent, avec eux surgissant villages et autorité des chefs, cette dernière donnant naissance, en certains endroits, à des états.

Les infrastructures les plus portées à cette évolution étaient celles qui reposaient sur la culture des céréales et l'élevage et qui se trouvaient au Moyen-Orient, en Europe méditerranéenne, en Chine du Nord et en Inde septentrionale. Là naquirent les premiers états.

Si l'on se base sur les vestiges des magasins et entrepôts, de l'architecture monumentale, des temples, des murailles et fossés et sur le développement des systèmes d'irrigation, il apparaît comme parfaitement clair que les entreprise de ces états s'étendirent rapidement mais furent tout aussi rapidement confrontées à l'échec là où les systèmes écologiques qui sous-tendaient leurs activités (et qui consistaient en terres arables, forêts, zones humides, sources d'eau) s'étaient épuisés.

NOUS NOUS TROUVONS FACE À UNE EXPLICATION ÉCOLOGIQUE DE L'ORIGINE DES CIVILISATIONS.

Notre société se trouve actuellement à l'orée d'une gigantesque transformation de son infrastructure.

Ce qui est remarquable en soi car nous continuons à vivre sous le régime de la précédente qui n'est âgée que de 200 ans. La révolution industrielle, favorisée par l'exploitation des énergies fossiles, a inauguré une ère où nous sommes passés de la dépendanceà des sources d'énergie principalement renouvelables - bois de chauffage, culture,énergie hydraulique en petite quantité, vent pour la navigation à voile et force musculaire des animaux pour la traction - à des énergies plus puissantes, meilleur marché, mieux contrôlables et, dans le cas du pétrole, mobiles et non-renouvelables.

Le pétrole nous a donné aussi bien la capacité d'augmenter inconsidérément la cadence d'extraction et de transformation des ressources terrestres (par le biais de machines, tracteurs de tous genres, de bâteaux de pêche) que celle de transporter biens et gens à grande vitesse et à bas prix.

Le pétrole et les autres combustibles fossiles ont également été utilisés comme matières premières pour le développement des industries chimiques et pharmaceutiques et ont permis une intensification dramatique de la production agricole tout en réduisant la nécessité du travail des champs. Les conséquences en ont été une augmentation sans précédent de la population et une dilatation des classes moyennes.

Alors qu'étaient en place, déjà depuis 200 ans, les éléments de la révolution scientifique, cette énergie à peu de frais a autorisé la recherche et ses applications qui ont contribué à l'émergence de nombreuses technologies qui se trouvent ainsi, elles aussi, dépendre des combustibles fossiles.

Ainsi favorisée dans ses déplacements, nourrie plus facilement, la nation-état démocratique et multi-ethnique est-elle apparue comme l'institution politique emblématique. Alors que l'économie connaissait une progression continue grâce à la disposition d'une énergie de haute qualité et abondante, la théorie économique néo-libérale émergeait en tant que première idéologie mondiale de management sociétal. L'évolution fut rapide jusqu' à inclure des notions qui ne peuvent être soutenues telles que la croyance en une économie en expansion illimitêe et l'hypothèse d'un monde entièrement soumis à l'économie.

Cependant, aujourd'hui, notre tout récent régime infrastructurel qui repose sur les énergies fossiles montre d'inquiétants signes de défaillance.

Il y a deux raisons à cela. L'une est le changement climatique: le dioxide de carbone, produit par la combustion des combustibles fossiles, crée un effet de serre réchauffant la planète. Les conséquences se situent quelque part entre "graves" et "cataclysmiques". Si nous persévérons dans la combustion des énergies fossiles, il est fort probable que nous assistions à une catastrophe de considérable envergure qui pourrait rendre la poursuite de toute agriculture intensive problématique, voire de mettre en danger la civilisation elle-même. Nous avons l'option qui consiste à mettre un terme à la combustion de ces énergies afin de prévenir cette éventualité. Sinon, notre infrastructure actuelle en fera les frais.

La deuxième raison à cause de laquelle notre infrastructure basée sur les énergies fossiles court un danger est l'épuisement. Ce n'est pas que nous manquions à proprement parler de charbon, de pétrole ou de gaz naturel mais nous avons exploité ces ressources non-renouvelables sur le principe du fruit à portée de main.

En ce qui concerne le pétrole, la plus importante des énergies fosssiles (clé des systèmes de transport), nous avons dèjà atteint le point de rendements décroissants. Par comparaison avec la dernière décade, l'industrie du pétrole a plus que doublé ses investissements dans les domaines de l'exploration et de la production alors que les chiffres relatifs à la production de pétrole brut stagnaient.Les coûts d'extraction augmentent et les forages s'intéressent à des formations géologiques jusqu'alors jugées trop problématiques.

Avec le pétrole, le destin de l'économie mondiale paraît dépendre du résultat d'une compétition entre la technologie et l'appauvrissement des ressources: alors que les porte-parole du monde industriel , les media et les gouvernements louent les nouvelles technologies telles que la fracture hydraulique, la chèreté immuable du pétrole ainsi que la flambée descoûts de production suggèrent que l'appauvrissement des ressources progresse.De semblables rendements décroissants pour ce qui regarde la production de houille et de gaz vont probablement se produire dans les décades à venir.

En voyant les choses au mieux, le changement climatique et l'appauvrissement des énergies fossiles obligeront la société à adopter de nouvelles énergies, à renoncer au charbon, au pétrole et au gaz, toutes énergies puissantes et contrôlables, et à se tourner vers des énergies plus diffuses et intermittentes comme les énergies solaire et éolienne.

Ceci engendrera probablement des bouleversements sociétaux considérables. Alors que sont réalisables les voitures individuelles électriques dont l'énergie serait fournie par des turbines éoliennes ou des panneaux solaires, il est impossible d'envisager qu'il puisse en être de même en ce qui concernerait des avions électriques, les navires porteurs de conteneurs et l'agriculture intensive basée sur l'utilisation de produits chimiques.

Une génération d'électricité produite à partir de ressources renouvelables, accompagnée d'un déclin des transports tant aériens que par voies d'eau, pourrait favoriser une organisation politique et économique moins globalisée et répondant à des schémas plus locaux.

Quoi qu'il en soit, cette réduction inévitable des carburants fossiles signifiera, également pour nous, une réduction sensible de la quantité d'énergie mise à notre disposition. Vent et soleil sont en quantité abondante et gratuits mais la technologie permettant de capter l'énergie produite par ces sources emploie des minéraux et des métaux non- renouvelables. L'exploitation minière, la transformation en usine et le transport, nécessaires à la production et à l'installation de turbines éoliennes ou de panneaux solaires requièrent du pétrole.

Il serait techniquement possible de remplacer le pétrole par de l'électricité d'origine renouvelable dans quelques- unes des phases précédentes mais, du moins en ce qui concerne un proche futur, vent et soleil ne représentent que des prolongements des carburants fossiles.

L'énergie nucléaire, avec sa dépendance à l'extraction et au transport, est tout autant un prolongement des énergies fossiles mais est, et de loin, beaucoup plus dangereuse si l'on considère les problèmes encore sans réponse concernant les accidents, la prolifération nucléaire et le stockage des déchets. Lorsque l'on additionne construction et démantèlement des centrales, exploitation et traitement de l'uranium, on constate que l'énergie nucléaire ne représente qu'un faible retour énergétique en comparaison de l'énergie investie pour sa production (en anglais: EROEI, energy return on the energy invested).

Les relativement faibles retours sur investissements du nucléaire et des sources d'énergies renouvelables pourraient provoquer des changements de société. Le phénomène EROEI attaché aux carburants fossiles était très important en comparaison de celui des sources énergétiques antérieurement disponibles. Ce fut l'un des facteurs essentiels dans la réduction du travail manuel dans les champs, ce qui entraîna urbanisation et croissance de la classe moyenne. Les sources d'énergies renouvelables ont un EROEI plus performant que celui du bois de chauffage ou des cultures agricoles mais aucune ne peut rivaliser avec le charbon, le pétrole et le gaz pendant leur âge d'or.

Les conséquences de la fin d'une énergie bon marché pourraient comprendre une re- ruralisation de la société ainsi qu'une réduction de la classe moyenne, ce dernier phénomène pouvant déjà être observé aux USA.

Avec moins d'énergie à sa disposition, l'économie globale ne pourrait plus se développer et connaîtrait même une période de récession. Une efficacité accrue de l'énergie pourrait atténuer le choc mais ne pourrait pas l'éviter.

Si l'énergie est la clé de la société, il n'en demeure pas moins qu'il existe d'autres facteurs qui exigent toute notre attention. Les carburants fossiles s'épuisent tout comme une série de ressources complémentaires importantes au rang desquelles les métaux, les minéraux, les sols et l'eau.

Jusqu'à ce jour, nous avons réussi à compenser cet appauvrissement des ressources énergétiques en investissant plus dans l'extraction de minerais à moindre teneur, en remplaçants les nutriments naturels des sols par des fertilisants synthétiques ( la plupart fabriqués à partir de carburants fossiles), en transportant eau, nourriture et autres produits de leurs lieux d'origine où ils sont en abondance vers des régions où ils manquent. Cette stratégie a accru la capacité d'exploitation de la planète par l'homme mais c'est une stratégie qui pourrait faire long feu avant longtemps.

Le changement climatique modifiera les rapports entre l'environnement et la société. Même en supposant que les nations entreprennent au plus vite des réductions massives des émissions de carbone, les émissions accumulées par le passé augurent de conséquences en augmentation, ce qui se traduira par la montée du niveau des océans, des inondations ou des sécheresses de plus en plus dramatiques. D'ici la moitié du siècle, il se pourrait que des millions de réfugiés climatiques soient à la recherche d'un habitat plus sûr.

Des prédictions optimistes annoncent un futur dans lequel les énergies fossiles seraient abondantes et dureraient encore un siècle et plus, où les technologies d'une nouvelle énergie nucléaire seraient plus viables que les technologies actuelles, où les sources d'énergies renouvelables augmenteraient rapidement et où l'on constaterait que l'on avait très nettement surestimé les impacts du changement climatique. Au cas où l'une de ces hypothèses se révélerait exacte, il n'en demeure pas moins qu'on ne peut ignorer le déclin des retours sur investissements dans le domaine de l'extraction du pétrole.

Si l'on considère le rôle du pétrole dans l'agriculture industrielle, ce changement aura sans doute aucun une forte répercussion sur notre système alimentaire - et la nourriture ( notre source d'énergie la plus élémentaire d'un point de vue biologique ) est au centre de l'infrastructure de toute société.

Que les hypothèses optimistes soient ou non valables, nous allons probablement être confrontés à une transformation infrastructurale au moins aussi déterminante que le fut la révolution industrielle.

Mais les possibilités pessimistes se révèlent plus nombreuses. Une fois que les taux d'approvisionnement en énergies fossiles commenceront à fléchir,il se pourrait que l'on aboutisse à un déséquilibre du système financier global voire à un conflit international. Il est également envisageable que le lien entre émissions de carbone et températures atmosphériques ne soit pas linéaire et que le système climatique terrestre , sujet à des mouvements rétroactifs se renforçant mutuellement, provoque l'extinction massive d'espèces, y compris la nôtre.

NOUS VIVONS UN MOMENT HISTORIQUE OÙ LA STRUCTURE DE LA SOCIÉTÉ ( systèmes économique et politique) ET LA SUPERSTRUCTURE (idéologies) SONT SUR LE POINT D'ÊTRE REMISES EN QUESTION COMME JAMAIS AUPARAVANT.

En fait, des failles apparaissent déjà.

Comme l'expansion économique s'enraie, les riches investisseurs du monde cherchent à garantir leur solvabilité et à conserver leurs profits en reportant les coûts sur le public par le biais de renflouements, de mesures d'austérité et d'assouplissement quantitatif ( qui abaisse les taux d'intérêts, vidant les comptes d'épargne d'un argent allant alimenter le marché boursier).Le marché du travail se réduit, les salaires chutent mais le nombre de milliardaires s'envole.

Les séismes infrastructuraux déteignent sur la géopolitique. Les USA -la superpuissance mondiale qui a gagné ce statut durant le 20ème siècle essentiellement parce qu'elle possédait l'industrie pétrolière dans son ensemble - tout comme la Chine, le Royaume Uni, l' Allemagne, la Russie sont aux prises avec des contradictions économiques en augmentation et insolubles, sont confrontés à des dilemmes provoqués par la pollution et se heurtent aux limites des ressources.

La superstructure de la société est elle aussi l'objet d'une profonde rupture. Le néolibéralisme est sans cesse remis en question, plus précisément depuis 2008.

Une autre superstructure subtile de la société moderne, largement considérée comme acquise et rarement évoquée ou discutée est également la proie d'assauts répétés.

C'est ce que l'essayiste John Michael Greer appelle « la religion civile du progrès». L'idée de progrès est paisiblement devenue le commandement essentiel de la foi, plus universellement respecté que toute religion organisée. La notion selon laquelle « l'histoire a une direction et doit réaliser des progrès constants dans cette direction » a été commune aux sociétés capitaliste et commmuniste au cours du siècle passé.

Mais qu'arrivera-t-il à cette conviction si l'économie rétrécit, si les technologies impuisantes, si la population décline et si les inventeurs échouent à trouver des solutions pour faire face aux crises sociales en augmentation? Et quelle nouvelle croyance la remplacera-t-elle? Greer suggère que ce sera une nouvelle croyance qui fera que l'humanité se tournera vers la nature , bien que sa forme exacte reste à se révéler.

Toutes ces tendances vivent leur toute première phase. Comme l'infrastructure se modifie vraiment - les carburants diminuent, les extrêmes climatiques empirent - de petites fissures dans le train-train quotidien des affaires pourraient devenir impossibles à combler.

Seules les idées et les propositions politiques en accord avec notre infrastructure en émergence auront une utilité authentique.

Lesquelles?

Une idée a de grandes chances d'être retenue si elle reconnaît que nous nous dirigeons vers un régime sociétal avec moins d'énergie et moins de transports ( qui seront plus localisés); si elle peut fonctionner dans un monde où le climat change et où le temps est extrême et imprévisible; si elle fournit une méthode pour retenir le carbone plutôt que d'en relâcher encore plus dans l'atmosphère; et si elle permet aux populations de satisfaire à leurs besoins de base en des temps difficiles.

Il est facile d'identifier les éléments de structure et de superstructure de notre société actuelle qui ne marcheront pas. Le consumérisme et le corporatisme en font partie; c'étaient, au 20ème siècle, deux adaptations à une énergie bon marché et abondante.

Il y avait des alternatives qui auraient pu fonctionner dans notre régime structurel industriel: le socialisme industriel européen en est un exemple.

Mais le socialisme indusdriel est lui aussi profondément dépendant d'une infrastructure basée sur les carburants fossiles , ce qui fait que ceux qui sont attachés à cette vision d'un monde idéal perdent probablement leur temps.

Il est essentiel de se rappeler que la presque totalité de l'histoire humaine a pris place dans un contexte pré- industriel, « pré- progrès » ce qui fait qu'il devrait être assez aisé de faire la différence entre les adaptations sociétales désirables ou indésirables en comparant avec des défis semblables du passé. Par exemple, le philosophe et biologiste évolutionniste Peter Kropotkin, dans son ouvrage " Mutual Aid" loue les cités médiévales européennes comme des lieux d'autonomie et de créativité - bien que la période qui ait vu leur développement soit souvent qualifiée d' «âge des ténèbres ».

Il existe actuellement une quantité de projets en cours qui se conforment parfaitement à une infrastructure " post -carburants fossiles ". Ils comprennent des coopératives de permaculture, des écovillages, des campagnes en faveur d'une alimentation locale et des initiatives de transition. Les nouvelles tendances économiques marquantes incluent une économie collaborative, une économie de partage, une consommation collaborative, une production répartie, un financement de personne à personne ainsi que des mouvements de logiciels libres et de partage des connaissances.

Leurs qualités attractives proviennent d'une notion culturelle largement partagée selon laquelle la caractéristique des systèmes centralisés de production et de consommation du 20 ème siècle ne sont tout simplement plus viables et doivent céder la place à des réseaux de distribution plus horizontaux.

La liste des idées et projets qui pourraient aider la société à s'adapter à une ère d'après les carburants fossiles est longue. Beaucoup de personnes ont pressenti la direction d'un changement global et sont parvenues à leurs propres conclusions raisonnables sur ce qui doit être fait.

Ce qui précède se base sur des extraits de la publication mensuelle "Museletter" de Richard Heinberg qui se penche sur les événements de notre époque et ses courants d'idées. Ses réflexions portent aussi bien sur des sujets tels que la géopolitique, l'épuisement des ressources énergétiques , que sur la civilisation et ses conséquences indésirables, l'économie vue sous un angle nouveau et il suggère comment survivre aux transitions énergétique et économique.