HIGHLIGHTS 39 Septembre 30, 2015

Une approche réaliste pour un vrai problème

Si vous n’avez pas encore reçu nos highlights c’est parce que nous étions occupés à vérifier la pertinence de notre engagement. Notre temps est-il bien investi dans notre implication auprès des politiciens et leur positionnement quant aux pesticides, ou devrions-nous nous sentir concernés par l’avalanche de problèmes imminents qui se profilent?  

Une proportion croissante de la littérature scientifique souligne le fait que nous sommes à l’aube d’une crise globale stratifiée. Des facteurs systémiques nous empêchent d’entrevoir cette crise et pire encore, nous ne sommes pas en possession d’une théorie adéquate à appliquer pour nous préparer au changement. Bien que tout ceci invite à penser qu’il ne reste aucun espoir, ce dernier subsiste. Laissez-moi vous dépeindre la situation.

 

Nous sommes cuits

La possibilité que les changements climatiques atteignent un niveau critique semble un point de départ pertinent à ce propos. Si les scenarios possibles de l’effet de serre venaient à se réaliser, ils entraineraient de lourdes conséquences sur nos vies.

Pour atténuer ces effets, il deviendrait nécessaire de réduire drastiquement l’utilisation de carburants fossile. En considérant que le succès des Révolutions Verte et Industrielle est dû à l’utilisation d’hydrocarbures bon marché et que la quasi totalité de notre activité économique y repose, une réduction de notre consommation d’énergie fossile impliquerait que toutes les habitudes acquises au cours de notre histoire depuis l’industrialisation devront être inversées. (De nouvelles technologies générant de l’énergie apparaissent à l’horizon, mais elles ne pourront pas remplacer l’énergie bon marché dont nous avons disposé jusqu’à présent.) Les conséquences seront d’ordres divers: des rendements amoindris, une hausse du chômage, un frein à la globalisation et de sévères adaptations de nos systèmes agricoles (Nos habitudes agricoles actuelles sont responsables d’un tiers de l’effet de serre). Au bout du compte, la force musculaire se substituera à l’énergie fossile, les pull-overs remplaceront le chauffage et il faudra faire le deuil de nos climatiseurs. Les forets seront surexploitées et nos déplacements restreints.

"Impossible!" pensez-vous, et j’ai peur que vous n’ayez raison. Il nous est impossible de réguler les hydrocarbures, car aucune gouvernance globale ou gouvernement local ne souhaite entraver l’économie. Nous mandatons nos dirigeants pour qu’ils poursuivent leur quête de croissance et par dessus tout pour qu’ils garantissent nos emplois et notre prospérité.

Avec moins d’énergie

Mais c’est là que le bas blesse, ces emplois ne nous nourriront pas indéfiniment car la population, l’industrie, les contraintes sur les ressources et le CO2 croissent alors que la base biophysique – terres arables, capacités d’irrigation, services écosystémiques (capacité naturelle de soutien à l’existence) – s’écroule. Ces contraintes à l’économie réelle ne sont pas négligeables. Explicitement, si nous utilisons plus que ce que la planète peut produire, aucune technologie ne pourra combler le manque. Nous sommes incapables d’imprimer des matières premières en 3-D ou de créer de l’énergie ex nihilo.

Une masse monétaire abondante masque les limites concrètes de notre économie. La question désormais est de prévoir combien de temps encore, les gouvernements pourront pédaler dans le vide. En fin de compte, le coût d’extraction des ressources fossile (que nous n’avons pas souhaité réguler précédemment) croitra progressivement et représentera une plus lourde charge sur les budgets étatiques dans une économie en récession.

Et surpeuplé

Peu importe, car d’ici là nous aurons à affronter de multiples effets néfastes et irréversibles liés au changement climatique. Bien sûr, l’humanité a déjà dû y faire face au cours de son histoire, mais le coût humain à ces ajustements est en étroite relation avec le niveau auquel se situe le changement, la cadence à laquelle les adaptations politiques nécessaires peuvent être faites et avec l'espace à disposition - un espace comportant bien sûr des ressources naturelles appropriées.

Cette fois-ci, les changements climatiques se produiront plus que sûrement à un rythme élevé et comme la densité de notre population ne connaît aucun précédent, ceci conduira à de graves conflits politiques. La survie de l'espèce humaine dépendant depuis des millions d'années du comportement territorial, il serait donc vain de croire que le futur puisse révéler des comportements différents.

Des éléments parallèles tels que la course à l'eau, un épuisement à vaste échelle des sols et une exploitation des ressources devenus économiquement insoutenables exacerberont vraisemblablement le problème.

Visible

Les observateurs alertes auront remarqué que ces tensions s’accroissent. Prenez l’exemple du récent afflux de migrants en Europe ou creusez dans les causes profondes de la crise syrienne et vous découvrirez qu’elle prend racine sur une situation de pénurie d’eau, de déforestation, et de sols appauvris ayant forcé les populations rurales à abandonner leurs fermes pour les villes et ce à une période où la population explosait, passant de 3,4 millions en 1950 à 22,5 millions en 2015. La Syrie est n’est qu’un exemple de pays ayant sombré plus rapidement que les autres.

… ou invisible


Dans le cas de la crise des migrants, les médias (des entreprises de divertissement en fin de compte) se focalisent rarement sur les causes sous-jacentes en ne présentent que les développements politiques superficiels. Des présentateurs béats passent, sans transition, de nouvelles préoccupantes aux spectaculaires résultats sportifs, sur un même ton. Un article de journal menaçant côtoie une publicité pour des bijoux faisant rêver. En fait, la publicité – qu’elle promeuve un avenir radieux soutenu par les banques, ou encore que l’industrie chimique garantisse le futur de neuf milliards d’individus – contribue à cette cacophonie qui éteint nos sens, et renforce notre foi en un futur faste et confortable. Naturellement nous y adhérons, car l’humain est fait pour concevoir l’avenir avec optimisme.

Mais il y a aussi l’optimisme de façade qu’il est de bon ton d’adopter en toutes circonstances. Cet optimisme et la fatuité dont nous faisons preuve dérivent du fait que nous avons eu accès à quantité de ressources opportunes à un moment où l’Europe médiévale commençait à sentir les limites de sa croissance. Ce qui rend cette exubérance plus prégnante est que de multiples institutions et gouvernements entretiennent cet optimisme pour maintenir les niveaux de consommation et d’investissement.

La gravité de cette situation n’est pas reconnue à une échelle suffisante et certains scientifiques sont convaincus qu’il est désormais trop tard pour infléchir le cours des évènements.

C’est là que l’on arrête de rire, les autorités publiques – par ignorance, peur de la critique ou de déclencher une panique (pratiquant l’optimisme de rigueur) – ne tiennent pas compte des scenarios possibles dérivant de la gestion des risques la plus basique.

C’est un échec direct de la part des gouvernants. Prévoir et anticiper une action face à une situation complexe est absent de leur démarche.

Détendez-vous

Pendant ce temps, la machine économique globale se fraie son passage sans relâche et la pression qu’elle exerce sur les ressources s’accroit. Les décisions politiques qui pourraient améliorer les choses dans le futur impliquent des coûts intolérables dans le présent. Aucun politicien sain d'esprit, ni vague communauté internationale, personne ne suggérerait des solutions qui reviendraient à précipiter des milliards d'individus dans la misère. La stagnation économique n’est pas séduisante pour préserver un futur auquel ils ne prendront pas part. La course se poursuivra partout jusqu’à ce que l’humanité soit contrainte au changement par des circonstances biophysiques.


Restons sereins

Dans un environnement économique détérioré, beaucoup d'entre nous enragent et n'hésitent pas à attribuer leurs maux à ces indétrônables puissants en place, ou bien cherchent d'autres boucs émissaires: les migrants, les musulmans, les américains, les banques, les juifs, les socialistes, les corporations. Mais personne n'est blâmable car, nous avons grandi avec ce système et y avons contribué.

Il est primordial dans ces conditions de rester sereins et d’éviter de nourrir des tels sentiments car ils tendant à faire basculer la scène politique dans ses extrêmes et peuvent conduire à une situation hors de contrôle. La prise de décision motivée par des émotions – à l’opposé de la logique – n’est pas souhaitable. En fait, seules des décisions logiques prises en pleine conscience des enjeux et de leurs facteurs profonds peuvent nous conduire à un avenir décent.

Eviter les faux espoirs

Une gestion sage implique aussi d’éviter les initiatives symboliques émanant plus souvent de passions que d’un réel intérêt et qui n’aboutissent à aucun résultat probant. D’un autre coté, des mesures encourageant les femmes à moins procréer ou l’utilisation de moins d’énergie fossile aurait été pertinent dans les années 70. A présent, la promesse de solutions technologiques qui pourraient supposément maintenir notre style de vie actuel comme le goutte à goutte, la manipulation génétique des céréales (et ses effets toxiques), la fission nucléaire, le recyclage de tout (des métaux au plastique), même l’énergie solaire, toutes ces démarches feraient sens dans une société à un stade différent du nôtre. Elles ont besoin de temps pour apporter des résultats probants et nous n’en disposons pas.

A ce point du texte, nous avons besoin de vous présenter de bonnes nouvelles pour ne pas sombrer dans une spirale destructrice et fataliste, mais la notion de solution miracle n’est là que pour nous tromper.

Une meilleure préparation

Nous ignorons ce que le futur recèle, quand les évènements anticipés surgiront et avec quoi composer. Mais le plus courageusement nous analyserons les données en notre possession, le mieux nous serons équipés pour aborder l’avenir complexe qui nous attend.

Nous ignorons ce que le futur recèle, quand les évènements anticipés surgiront et avec quoi composer. Mais le plus courageusement nous analyserons les données en notre possession, le mieux nous serons équipés pour aborder l’avenir complexe qui nous attend.

La nourriture compte

L'un de ces domaines concerne la capacité à produire des denrées alimentaires, une nourriture peut-être moins fastueuse, mais de la nourriture tout de même. Cependant il est essentiel de ne pas perdre de vue que nos sols, après avoir été soumis à une exploitation intensive et aux assauts systématiques des produits chimiques, sont aujourd'hui dans un état pitoyable. La couche arable est une ressource qui ne doit plus être pillée, car elle jouera un rôle clé dans la production de nourriture pour les besoins des populations locales.

Reconstituer les sols est un processus nécessitant plusieurs années. Par conséquent, une évaluation sérieuse sur ce qu’ils subissent devrait être entreprise sans délai. Elle devrait aboutir à une réorientation responsable, prioritaire et bien financée.

Une Agriculture Intelligente est un pas de plus par rapport au biologique, car à part le fait qu’elle soit salutaire aux sols, elle ne dépend pas des intrants chimiques (énergie, fertilisants synthétiques ou pesticides). Elle tire ses bienfaits du microbiome des sols, des pollinisateurs, des prédateurs naturels et des variétés locales de céréales. Elle est plus résistante aux changements climatiques, réduit la toxification et prévient un éventuel chômage à venir.

Mais faire passer les paradigmes de l’agriculture d’un savoir réductionniste à une connaissance systémique n’est pas aisé. Il n’y a pas grand chose à vendre dans une telle démarche, mis à part le savoir-faire pour tirer le meilleur de ce qui est disponible, ce qui implique que peu d’entreprises la promouvront. Il sera donc essentiel d’éduquer et de supporter l’état, la communauté scientifique et les consommateurs pour qu’ils comprennent les enjeux et s’investissent.

Nous croyons qu’il s’agit là d’une proposition séduisante, gagnant-gagnant pour la majorité des intéressés sur le long terme, bien que le défi soit de taille.

Ce projet est relativement simple comparé aux autres champs avec lesquels l’Etat devra composer en situation de crise.

Notre mission chez PANSWISS PROJECT a été adaptée à ce contexte.

Nous nous chargeons d’attirer l’attention des autorités en charge sur la nécessité de planifier l’avenir et mettons à leur disposition nos ressources pour une Agriculture Intelligente. Passé ce point il sera dans leurs mains d’agir ou non. J’espère vous retrouver aux premières loges.